À retenir
- Les transferts corrigent du stock mal placé, pas du stock que la chaîne n’a pas.
- Un transfert coûte du transport et, surtout, du travail en magasin : on emballe et on déballe par lots entiers, entre magasins proches.
- Un rayon vide n’appelle pas toujours un transfert : une bonne partie de la demande d’un produit manquant se reporte sur un produit proche.
- Reliez des magasins dont les ventes n’évoluent pas ensemble ; inutile de relier chaque magasin à tous les autres.
- Si les transferts deviennent la routine, c’est l’allocation initiale qui est fausse ; corrigez-la avant de déplacer davantage de stock.
Un produit qui ne s’est pas vendu depuis des semaines dans un magasin et qui tombe sans cesse en rupture dans un autre ressemble à du stock que la chaîne possède déjà. Le déplacer, c’est éviter une nouvelle commande, un minimum fournisseur et un délai de livraison. Parfois, c’est vraiment la correction la moins chère. Les travaux sur les transferts entre magasins, que la recherche opérationnelle appelle transbordements latéraux (lateral transshipment), montrent quand ils sont rentables, quand ils coûtent plus qu’ils ne rapportent, et quand leur nécessité signale un autre problème.
1. Les transferts corrigent un déséquilibre, pas une pénurie
Un transfert ne peut déplacer que du stock que la chaîne détient déjà. Quand un produit manque dans tout le réseau, le faire passer d’un magasin à l’autre revient surtout à déplacer le rayon vide. Une étude portant sur 212 établissements de santé qui partageaient des médicaments aboutit exactement à ce constat : les transferts avaient « peu d’effet sur le niveau de service global » quand le stock du système était rare, et n’étaient rentables que lorsque la quantité totale suffisait mais se trouvait au mauvais endroit1. La première question porte donc sur le total de la chaîne : s’il est insuffisant, la réponse est une commande, pas un transfert.
2. Ce que coûte un transfert
Le transport en est la partie visible. Chez LC Waikiki, premier distributeur d’habillement de Turquie, transférer un article d’un magasin à un autre coûte environ 1 à 5 % de son prix, et le renvoyer au dépôt 3 à 7 %2. La partie cachée, c’est le travail en magasin. LC Waikiki envoie tout le stock d’un produit vers un seul magasin plutôt que de le répartir, en raison de « la charge considérable de travail et de temps liée au tri de ces articles », et ses magasins ne peuvent préparer des envois, ou en déballer, que pour un nombre limité d’autres magasins chaque semaine2.
Dans l’alimentaire, c’est plus difficile encore. Quand des chercheurs ont interrogé douze enseignes alimentaires en Allemagne sur la prévention du gaspillage, les transferts entre magasins sont ressortis comme peu efficaces et rarement utilisés ; une enseigne l’a résumé ainsi : « les coûts logistiques mangent les gains potentiels », et seuls les magasins proches étaient envisagés3. Un transfert est rentable quand la marge qu’il sauve dépasse nettement le transport et le temps que deux magasins y consacrent :
| Rentable quand | Pas rentable quand |
|---|---|
| La chaîne en a assez au total, dans les mauvais magasins | Pas rentable quandLa chaîne en manque globalement |
| Le produit se vend dès maintenant dans le magasin destinataire | Pas rentable quandIl ne se vend nulle part, ou seulement après une démarque |
| Les magasins sont proches et le transfert part en un seul lot | Pas rentable quandDe nombreux petits lots partent vers de nombreux magasins |
| La marge par unité dépasse nettement le coût du transfert | Pas rentable quandL’article est bon marché, encombrant ou réfrigéré |
| La durée de conservation laisse le temps de vendre après le transfert | Pas rentable quandIl périme aussi dans le magasin destinataire |
3. Un rayon vide n’appelle pas toujours un transfert
Une partie de la demande d’un produit manquant n’est pas perdue : elle se reporte sur le substitut le plus proche. Dans une chaîne d’articles de sport de 217 magasins, environ la moitié de la demande non satisfaite d’une chaussure en rupture s’est reportée sur la pointure voisine du même modèle, un cinquième sur d’autres modèles, et le reste, un peu plus d’un quart, a été perdu4 :
Où est allée la demande d’un produit manquant
- Pointure voisine, même modèle
- Achat de remplacement, dans le même rayon.
- Un autre modèle
- Achat de remplacement, sur un autre produit.
- Perdue
- Aucun achat dans le magasin.
La répartition exacte est de 51,7 %, 20,2 % et 28,1 %, et elle change quand les ruptures se multiplient : lorsque beaucoup d’articles manquent en même temps, moins de clients trouvent un substitut et les ventes perdues augmentent fortement4. Un transfert rapporte le plus pour l’article sans substitut proche, ou dans un magasin où plusieurs produits voisins manquent en même temps. Le guide des ruptures de stock montre comment repérer d’abord ces rayons.
4. Quels magasins relier
Une chaîne de n magasins compte n² liaisons possibles entre eux, contre 2n si tout passe par un entrepôt6. Peu de chaînes peuvent gérer des centaines de liaisons, et elles n’en ont pas besoin. À partir de trois ans de ventes alimentaires, Griffin et ses collègues ont montré que regrouper des magasins dont la demande n’évolue pas ensemble, de sorte que l’un ait du stock en trop quand l’autre en manque, conserve l’essentiel du bénéfice des transferts pour une fraction de la complexité5. Concrètement, cela veut dire de petits groupes de magasins proches, pas un réseau unique où tout circule partout.
Le choix entre transfert direct et passage par l’entrepôt dépend du coût du transport. Dans un modèle construit avec la marque espagnole de vêtements pour enfants Nanos, les transferts directs l’emportaient, sauf si les envois via l’entrepôt coûtaient environ deux fois moins cher6 ; les auteurs précisent que leurs chiffres proviennent d’instances générées, si bien que la tendance est plus fiable que le chiffre lui-même.
5. Quand les transferts signalent un autre problème
Dans le réseau de santé cité plus haut, un tiers ou plus de toute la demande était couvert par des transferts, et les auteurs en font remonter la cause à l’allocation initiale : les livraisons arrivaient en cartons fixes qui ne correspondaient pas à la consommation de chaque établissement1. Une chaîne qui déplace chaque semaine une grande partie de son stock entre magasins l’alloue en général mal dès le départ, et le guide du point de commande explique comment dimensionner la commande de chaque magasin selon ses propres ventes.
Les transferts sont aussi un coût du surstock, pas seulement un remède. Burlington Stores cite le « transfert de produits vers d’autres magasins », à côté des démarques, parmi les réponses à un surstock qui « réduiraient encore notre marge brute »7. Un stock qui ne se vend nulle part relève du stock mort : retour, démarque ou déstockage, pas une tournée du réseau.
6. Une règle de transfert hebdomadaire
Le magasin expéditeur détient nettement plus que son maximum, avec des semaines de couverture
Le magasin destinataire vend le produit et se trouve à son point de commande ou en dessous
L’expéditeur garde au moins une semaine de ses propres ventes
La marge sur les unités transférées couvre le transport et la manutention
Tout le lot part vers un seul magasin proche, en un seul transfert
Proposer le transfert
Commander au fournisseur, ou traiter comme du stock mort
Appliquez-la une fois par semaine, le jour où les magasins reçoivent déjà leurs livraisons, pour que le transfert voyage avec le transport existant. Vérifiez ensuite ce qu’a donné chaque transfert accepté : le produit s’est-il vendu dans le magasin destinataire, ou y est-il simplement resté ?
7. Limites
La plupart de ces études sont des modèles testés sur des données réelles ou réalistes plutôt que des résultats mesurés, deux sont citées d’après leur résumé, et l’étude sur le réseau vient de la santé publique, pas du commerce de détail. La répartition de la demande perdue vient de la chaussure, où les pointures se remplacent l’une l’autre plus facilement que la plupart des produits. Les coûts de transport et de main-d’œuvre varient fortement selon le pays et la catégorie.
Comment marql propose des transferts
marql lit les ventes et les stocks de chaque produit dans chaque magasin et ne propose un transfert que lorsque la règle ci-dessus est respectée : un magasin détient nettement plus que son maximum, un autre vend le produit et se trouve à son point de commande ou en dessous, l’expéditeur garde au moins une semaine de ventes, et la marge sur les unités couvre le coût du transfert. Les entrepôts sont exclus. Voici trois des transferts qu’il a proposés à Berezka Retail, une chaîne de 20 magasins en Roumanie, tels que les présente sa success story :
Bonbons assortis au kilo
31 kg
Lavash, paquets de 10
42 paquets
Caviar d’esturgeon noir, 500 g
1 pot
Chaque transfert est une proposition qu’une personne accepte ou rejette. Dans une chaîne qui utilise l’ERP e:corg, un transfert accepté y devient un brouillon ; avec d’autres systèmes, il sort de marql sous forme de fichier.
Sources
- Vanvuchelen, N., De Boeck, K. and Boute, R. N. (2023). Cluster-based lateral transshipments for the Zambian health supply chain. European Journal of Operational Research. doi.org
- Naderi, S., Daşcı, A. and Kılıç, K. (2024). Joint transshipment, markdown, and clearance decisions at a fast-fashion retailer. International Journal of Production Research, 63(3), 927-948. doi.org
- Winkler, T., Ostermeier, M. and Hübner, A. (2023). Proactive food waste prevention in grocery retail supply chains: an exploratory study. International Journal of Physical Distribution & Logistics Management, 53(11), 125-156. doi.org
- Li, S., Lu, L. X., Lu, S. F. and Huang, S. (2023). Estimating the stockout-based demand spillover effect in a fashion retail setting. Manufacturing & Service Operations Management, 25(2), 468-488. doi.org
- Griffin, E. C., Keskin, B. B. and Allaway, A. W. (2023). Clustering retail stores for inventory transshipment. European Journal of Operational Research, 311(2), 690-707. doi.org
- González-Díaz, J., González-Rueda, Á. M., Llana García, M. and Rodríguez Veiga, J. (2024). Optimal policies for stock redistribution in a retail network. arXiv:2410.18571, prépublication. arxiv.org
- Burlington Stores, Inc. (2025). Fiscal 2024 Annual Report and Form 10-K. sec.gov
SujetsTransferts de stock, Rééquilibrage des stocks, Réapprovisionnement des magasins, Chaînes de magasins
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